Forum des Alternatives Maroc
Euromed Droits
Maroc
Bonne gouvernance et Etat de droit

Approuvé en Conseil de gouvernement le 19 mars 2020, le projet de loi 22-20 sur l’utilisation des réseaux sociaux, en particulier la criminalisation des appels au boycott de produits commerciaux, a soulevé une polémique intense au Maroc. Qualifié de « liberticide » et rebaptisé « la muselière » par ses détracteurs, ce projet de loi porte sur le contrôle des réseaux sociaux et des plateformes de diffusion de contenu multimédia sur internet (streaming). Le gouvernement est accusé de vouloir profiter de la crise du Coronavirus pour faire passer un texte qui viole la Constitution et cherche à tuer la libre d’expression.

Le premier jet de ce projet de loi avait déjà été élaboré en 2018 dans le but de limiter les pertes subies par plusieurs sociétés visées par la campagne « Boycott » dont avait été victime la compagnie de distribution pétrolière ‘Afriquia’. Le gouvernement a justifié sa récente publication pour « mettre fin à un vide législatif» en matière de criminalité informatique et pouvoir sévir contre les fake news et les actes portant atteinte à la réputation et l’honneur des personnes, « des pratiques qui se sont particulièrement propagées durant la pandémie du coronavirus».

Plus d’une soixantaine d’organisations de la société civile marocaines ont lancé une pétition en ligne contre le projet de loi, avec le soutien d’organisations internationales comme Euromed Droits, Avocats Sans Frontières Belgique et Article 19-MENA. Elles dénoncent « le manque total de transparence » et « l’absence de toute implication du Conseil National des Droits de l’Homme ». Elles s’inquiètent du risque d’interdiction, voire de criminalisation de certaines formes d’expression, comme l’appel au boycott de produits et de marques commerciales.

Les critiques et le débat ont enflé jusqu’à conduire le ministre de la Justice, auteur du controversé projet de loi 22-20, à déclarer le 3 mai le report de l’examen du projet de loi. " Au regard des circonstances particulières que traverse notre pays sur fond d’état d'urgence sanitaire, j'ai décidé de demander au Chef du gouvernement et aux membres de la commission ministérielle compétente de repousser les travaux sur le projet de loi 22.20 jusqu'à la fin de la période actuelle et la tenue des concertations nécessaires avec l'ensemble des acteurs concernés", a souligné le ministre.

( voir ci-joint le texte complet et les signataires de l’appel de la société civile, en arabe et en français)